Behype
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PARIS - 25 ans
PROFIL DE BEHYPE
striker était déjà pris :(* Striker celui qui frappe, qui pulvérise un record, qui réussit. Il y a un désir de succes story mais qui n’investit pas un parcours classique et sclérosé : l’université est obsolète, la plupart des entreprises sont rétrogrades. Serviteur d’un projet oui, valet de la réac non.
* Striker veut être reconnu, pas devenir un parvenu, pas prendre la place de ceux qui ne sont pas des exemples.
* Pour Arthur aussi chaque jour a un poids d’obligations, de contraintes, de compromis puisqu’il se reconnaît comme le garçon des compromis.
* Et pourquoi faudrait-il que Tout change ? L’Institution, les Valeurs, sont nécessaires, sont une mémoire sociale qui permet à chaque génération de progresser grâce aux acquis des précédentes ; tout en reconnaissant qu’il faut rester vigilant concernant des institutions politiques qui monopolisent l’Institution, et, des valeurs qui servent à justifier la coercition et l’arbitraire. Arthur a raison d’être conformiste, les gens au pouvoir sont des dinausores magouilleurs mais au lieu de nous tuer comme presque partout, ils nous achètent, ils s’inquiètent de nos petites angoisses… nécessité de préserver ce minimum.
* Il examine de la même manière, incroyablement distanciée, l’attrait qu’il éprouve pour quelqu’un. Jamais il ne se laisse submerger par la sensualité, le sexe, l’euphorie de la découverte… pour la spontanéité c’est tintin ! sa première réaction n’est pas d’aller vers l’autre, de vouloir s’approprier ou simplement se rapprocher, mais de vouloir comprendre.
Et il attend la même retenue en retour, ne veut pas se sentir accaparé, même amoureusement, même « pour son bien ». Cet investissement affectif limité n’est pas dû à l’égoïsme ou une difficulté à communiquer, un repli sur soi, bien au contraire, il s’agit d’éviter le danger d’une communication phagocytée pour une totalité, quelle qu’elle soit, être tenu en laisse (par l’autre ou par ses propres désirs).
* À la sortie du métro on me met dans la main un Gratuit, support publicitaire prenant prétexte de l’actualité, celle de la consommation sur le même plan que la politique, relevée d’anecdotes culturelles, officielles ou marginales confondues. J’apprécie cet essorage du discours dominant par le format tabloïd, la politique reléguée parmi les produits à tester, le tout distribué gratuitement et surtout, et surtout jetable.
* Striker n’a besoin d’aucune justification pour préférer ou simplement essayer de l’allégé et du soja, boire du jus d’oranges et prendre du pain complet au petit-déjeuner, choix parmi d’autres, options gustatives et non militantes.
* Striker a échappé à ces stigmates, il a une frimousse (frime : gosier, par extension visage) d’angelot, un museau de jeune animal.
Depuis 5 ans il vit dans un milieu plutôt débridé, la nuit et ses rapprochements, il a forcément été dragué par d’autres garçons ou participé à des soirées tournant en bonne débauche ; il s’est trouvé face à un V.I.P. une vieille pie qui a cru pouvoir user de son prestige…
* Striker et la sexualité… je crois pouvoir déterminer maintenant pourquoi l’usage de cette copule problématique : Striker n’est pas sexy.
Le Che était sexy, Massoud et Marcos (dont on ne voit jamais le visage) aussi, les authentiques rebels (repérés grâce à un traitement médiatique ad hoc) c’est-à-dire les perdants mais hypersensibles, les écorchés intelligents, les morts auxquels on demande pardon… sont sexy. Les drogués, les trans, les machos paumés de Nan Goldin sont sexy, son autoportrait avec un œil tuméfié (battue par son copain) est hypersexy. Le corps vieux et décharné d’Araki est plus sexy que les geïshas sur lesquelles il pratique le bondage ; même lorsqu’elles sont excitantes, lorsque leur vulnérabilité appelle la possession.
Le sexy aurait rapport au glamour, une stratégie du masque volontairement trop (rebel, jouissant, beau, etc.) dévoilant une faille, par où s’engouffre le désir. L’émotion (un apitoiement poignant, le trouble sexy) révolutionne un équilibre, surexcite et suffoque (lorsque je vois une fille trop belle, à en avoir mal : j’ai envie de vomir).
Le monde-machine de Striker paraît sans ces dépressions et happax, les troubles qu’il connaît ne suscitent ni son désarroi ni notre attendrissement. Il connaît tout et est préservé de tout ; il a l’innocence qu’ont les amants incestueux, pratiquant tous les vices sans être justiciables d’aucun.
* Comme la machine aimante il est aimable ; pas complaisant, pas cauteleux, mais agréable, séduisant de manière insaisissable, superficielle peut-être, ou avec légèreté.
* Arthur fait ce que chaque génération doit faire, échapper à la discipline sociale dont la maxime est : « Obéissez, ne raisonnez pas ». Sans doute il obéit lorsqu’il réalise un travail, mais il conserve sa liberté de pensée, et, même en tant que rouage productif il tente de trouver des dispositifs où les rapports ne soient pas de pure soumission mais de coopération.
* Peut-être un jour quelque chose bloquera, il y aura un bug, il réintègrera le monde des intérêts angoissés, de la propriété, de la sécurité peureuse, l’histoire lamentable et l’imaginaire répétitif, il deviendra un vieux con et s’en consolera en faisant de l’humour.
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