| inscription

Nouveau sujet


Ivan Smagghe, héros ténébreux de l'électronique française

beuzy

beuzy
posté le 12 juin 2006 à 11:06

LE MONDE | 07.06.06 | 16h13 • Mis à jour le 07.06.06 | 16h13

A 35 ans, le Français Ivan Smagghe est ce qu'on appelle une figure de l'underground. Son parcours, brillant, chaotique, sulfureux, l'a conduit des bancs de Sciences Po (major de promo, section recherche et enseignement, 1992) aux platines des clubs moites (section musiques déviantes). DJ référence pour nombre de mélomanes, personnage influent de la scène électronique française depuis quinze ans, il y joue le rôle d'aiguilleur. D'aiguillon aussi. "Aujourd'hui, cette indépendance d'esprit m'est donnée comme une qualité, dit-il, mais pendant longtemps je l'ai traînée comme une casserole." Entre autres ustensiles.


Ivan Smagghe parle avec nonchalance, le débit traînant, l'accent parisien branché. La voix, longtemps présente sur les ondes de Radio Nova, puis de France Inter est reconnaissable entre mille. Comme ce corps maigre, ce visage tout en longueur, joues creusées. Ivan Smagghe s'amuse d'une ressemblance avec les représentations du Christ. Il y a trois ans, il posait pour une pochette de disque en Jésus descendu de la croix et inaugurait une série de compilations intitulées avec provocation Kill the DJ (tuez le DJ).

Sur le dernier volume, intitulé Dysfunctional Family (famille à problèmes), réalisé avec sa consoeur DJ Chloé, il sème le trouble : Chloé l'enserre d'un bras protecteur. Lequel est l'homme ? La femme ? Les distributeurs (Discograph) voulaient publier "la compil' de l'été". C'est raté : la pochette est grise, le teint des protagonistes blafard, la sélection musicale morbide. Quelques titres au hasard : Death Dream (rêve de mort), Codeine - un substitut à l'héroïne chez les junkies. Une compilation de drogué ? Il dit ne l'avoir "jamais été aussi peu qu'aujourd'hui".

Longtemps, Ivan Smagghe a tenu le rôle du méchant. Méchant disquaire d'abord. Un job d'étudiant qu'il occupe derrière le comptoir du magasin Rough Trade, rue de Charonne à Paris. Plaque tournante de la musique indépendante au début des années 1990, fermé depuis comme tant d'autres. Son air taciturne, ses remarques balancées d'un ton négligent ont traumatisé plus d'un client. Il y voit défiler la jeune scène électronique parisienne, de Dimitri from Paris au Daft Punk. Méchant jeune ensuite, DJ qui semblait prendre un malin plaisir à ne pas faire danser les gens quand l'époque était à la house joyeuse ou à la techno militante. Méchant camarade enfin, pas du genre à claquer la bise dans les soirées branchées ou à participer aux grandes manifestations unitaires. De l'extérieur, son attitude ressemblait fort à de l'arrogance. Lui dit qu'il "n'était pas dans la camaraderie obligée du mouvement techno, le côté communautaire, ces illusions pseudo babacool. Si tu avais lu des livres, tu savais très bien que ça ne marcherait pas. Et comme j'avais lu quelques livres..."

Ivan Smagghe n'avait pas prévu d'être DJ de profession. L'ambition, car il y en a, était ailleurs. Dans une façon radicale d'aborder la vie, incompatible avec le métier de chercheur ou d'enseignant auquel le destinaient sa section de Science Po et l'influence familiale. Le père est médecin, mélomane, la mère, psychanalyste. Il choisit une filière (recherche et enseignement) "underground déjà" en comparaison des voies royales qui mènent à l'ENA, aux grands corps d'Etat, à la politique. Il veut étudier les sous-cultures vivantes, cette musique qui le prend "aux tripes" depuis l'enfance, ces raves qui lui mettent "une claque" au début des années 1990. L'Université refuse, conseille à l'insolent de plonger la tête dans les archives, en vrai chercheur. Il la plonge dans les bacs à disques, par peur de n'être qu'un simple observateur, "un DJ refoulé".

Observateur, pourtant, il l'a été. Un temps : journaliste pour Radio Nova, le chaudron culturel de Jean-François Bizot. Antichambre de Canal+, qui repère les talents de demain. Ariel Wizman, Edouard Baer, Jamel Debbouze, le journaliste Loïc Prigent, l'actrice Léa Drucker sont ses collègues de travail. Il anime "Test", une émission musicale pointue à heure de grande écoute. Trois heures de direct par jour. "La seule fois où j'ai cru en quelque chose de communautaire. Je n'aurais pas dû." Nova change de cap, cherche l'audience, supprime l'émission. "Evidemment, Bizot m'a fait le coup de la relation intellectuelle père fils, qu'il fait à chaque poulain. Et je me suis fait avoir, parce que c'est un mec génial, tellement fascinant."

Il aurait pu continuer le métier, ailleurs, mais il est alors "un peu paumé". Vit un mariage "difficile". Les termes sont pudiques. Son épouse, Aurore Daerden, fille de ministre belge, égérie de la mode, est aussi sulfureuse que lui. Direction : la nuit, l'intensité du job de DJ et la gloire naissante. Sa résidence au Pulp, club lesbien parisien où accourt toute la branchitude de l'époque, coïncide avec la vague électroclash, un retour du rock, du sombre, dont il est précurseur. Il en devient l'incarnation, jusqu'à l'excès. Le couple occupe les colonnes de Nuits Blanches, rubrique nocturne, mondaine et provocante d'Eric Dahan dans Libération. Lui ne dort plus. Trop de drogues. Il aurait pu être le Laurent Garnier des années 2000. Il sera le négatif du plus célèbre des DJ français. Catalogué élitiste là ou Garnier était populaire. Garnier le gentil, Ivan le terrible.

Aujourd'hui, il vit à Londres parce que sa petite amie étudie là. Une ville dure, comme il les aime. Il a fait la part des choses, est devenu DJ professionnel : un métier, pas une vie. Histoire de ne pas terminer dans "le mur, le glauque ou l'échec, parce que passé 25 ans, c'est souvent pathétique ces histoires". Il reste radical, d'une autre façon. Via sa famille d'adulte, moins mondaine et plus militante, avec laquelle il entame une tournée mondiale. Fany Corral, l'amie de longue date, cofondatrice du label Kill the DJ, lesbienne de choc, en est le chef. Avec Chloé, lesbienne elle aussi, ils réfléchissent aux genres, "une construction complexe". Ils luttent "à tâtons" contre les conformismes, les normalités "oppressantes" - sexuelles, musicales, intellectuelles -, les fausses tolérances, le clubbing "giscardien" qui sévit aujourd'hui à Paris. Objectif : sortir les gens de leur boîte.

Odile De Plas

1971
Naissance à Paris, père médecin, mère psychanalyste.

1992
Major de Sciences Po, section "recherche et enseignement".

1997-2001
DJ et journaliste sur Radio Nova. Anime l'émission "Test".

1998
Mariage avec Aurore Daerden.

2001
Création des soirées Kill the DJ avec Fany Corral.

2006
Sort une compilation et entame une tournée mondiale.

 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

beuzy

beuzy
posté le 8 juin 2006 à 02:06
Major de sciences Po. Prochain ministre de la culture?
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

Bruce

Bruce
posté le 8 juin 2006 à 02:06
Si il tiens jusqu'à l'âge d'être ministre... Pkoi pas
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

efdi

efdi
posté le 8 juin 2006 à 03:06
J'ai jamais été déçu par un de ses sets, je lui dois même beaucoup d'un point de vue découverte musicale ... big up !
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

bitchy me

bitchy me
posté le 8 juin 2006 à 03:06
+1 ... une des meilleures afters que j'ai fait c'etait lui au Nouveau Cas l'annee derniere pour "After party is not a crime" ... un set enorme.
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

efdi

efdi
posté le 8 juin 2006 à 04:06
J'y étais !!! J'ai pas vu ton énorme fessier : (
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

bitchy me

bitchy me
posté le 8 juin 2006 à 04:06
normal, t'arretais pas de reluquer le cul de Taylor Rain...remarque, vu mon cul, j't'comprends...
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

efdi

efdi
posté le 8 juin 2006 à 04:06
J'ai perdu une occasion de me taire moi toute à l'heure lol ^^
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

chupiii

chupiii
posté le 11 juin 2006 à 06:06
tin rien que d imaginer qqs personnes persuadees que "la musique electronique c est pas de la musique", lisant le monde, et apprenant qu un des meilleurs representants francais de la scene electronique etait major de promo a sciences po, ca me fait sourire.... )
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

damsse

damsse
posté le 11 juin 2006 à 08:06
j ai trouvé scandaleux qu'Ivan Smagghe ne soit pas la vendredi au Point Ephemere pour la sortie de sa compilation avec Chloé
l'honneté de la part des orgas, a savoir Kill The DJ cad le Pulp pour résumer en bref, aurait été d'annoncer à l'entrée qu'Ivan Smagghe n'étais pas la...
quand a la soirée en elle meme, pour 12 euros, on a eu le droit a un live prout prout de Mathias Aguayo, un mix sympa mais sans plus de Chloé et un live de Remote (qui aurait pu relever le niveau...) qui a planter au bout de 20 min...
bref une soirée a oublier tres vite
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

snake_man

snake_man
posté le 12 juin 2006 à 05:06
schukree on attend un cadeau de ta part! un tit set mon ami
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

bitchy me

bitchy me
posté le 12 juin 2006 à 11:06
ouais la soirée était à chier....800°C à l'intérieur, les videurs qui empêchent l'ouverture des portes pour un minimum de courant d'air...
Quant à la musique Damsse a bien résumé....
Ivan Smagghe était malade à crever apparemment dixit Fanny Corral...
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

Bruce

Bruce
posté le 12 juin 2006 à 11:06
C'est vraiment super dur d'écouter du Smagghe... Surtout en ce moment avec la sortie de sa compil... lol
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

supachik

supachik
posté le 12 juin 2006 à 12:06
meme avis negatif sur cette soirée, j'aurais su je m'en serais tenu a mon idée de depart, aller voir Guido Schneider au triptyque :-|
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil

damsse

damsse
posté le 12 juin 2006 à 12:06
et bien alors c'est encore plus abusé de la part de Fanny / Kill The DJ / Le Pulp de ne pas avoir annoncé la non presence de Ivan
j'aurais compris si il avait eu un grave probleme de derniere minute mais si il etais malade a ce point la, il devait le savoir depuis un moment et il aurait été plus honnete de le dire a l entrée
 citer    lui envoyer un message    l'ajouter à mes amis    son profil
Nouveau sujet

Non connecté

Vous devez être membre du site pour pouvoir réagir sur le forum.

Vous pouvez vous enregistrer ici : mon compte
Ou vous inscrire ici : inscription

En ligne (24)

Publicité


Derniers articles publiés

21/11/2008 | Justice invente le "playback Djing" 20/11/2008 | Eric Morand & Laurent Garnier annoncent l'"hibernation" de Fcom... 19/11/2008 | Les 17èmes Rencontres Internationales Paris/Berlin/Madrid 18/11/2008 | SVEN VÄTH JEUDI AU REX !! INVITATIONS !!! 18/11/2008 | Interview de Data 18/11/2008 | Megapuss alias Devendra Banhart et Gregory Rogove = Surfing à découvrir !! 14/11/2008 | Jeff Mills investit le Centre Pompidou pour l'expo

Nuage de tags



Nos Djs favoris

Jack de Marseille, David Morales, Terry, Derrick May, Nick Warren, Damian Lazarus, Ivan Smagghe, Pedro Winter, 2 Many Djs, DJ Hell, Ellen Alien, Paul Oakenfold, Josh Wink, Dj Sneak, Dave Clarke, Tiësto, Pete Tong, Jeff Mills, Daft Punk, Roger Sanchez, ...